UNE SIXIÈME RÉPUBLIQUE EN FRANCE

 

La cinquième République est dans une crise profonde, les partis ne remplissent plus leurs missions, la droite comme la gauche sont éclatés entre des positions divergentes, ces deux partis ne présentent plus de programme qui soit le fruit d'une réflexion collective, ils ont été écartés du second tour de la présidentielle 2017. Le clivage gauche droite est devenu une illusion quand on voit ces deux partis s'unir au Parlement Européen pour mener une même politique sociale libérale. Nous retrouvons enfin en France ce nouveau clivage "gauche et droite" (Macron) contre "ni gauche ni droite" (le Front National). Le second tour de la présidentielle est donc en accord avec cette alliance sociale libérale au Parlement européen, elle même opposée aux partis nationalistes.

Le système politique français est dans une impasse. Le mythe de l'homme providentiel est dépassé. La démocratie doit évoluer et se complexifier en référence à la problématique de la conjonction des opposés. Leszek Kolakowski avait déjà entrevu la nécessité de concilier socialisme, conservatisme et libéralisme.  Plus globalement, il s'agit de prendre en compte les besoins fondamentaux liés à chaque vision politique et à les conjuguer. C'est la conjonction des opposés: visée sociale et liberté, sécurité et innovation, autonomie monétaire pour participer au financement d'investissements productifs et innovants (transtion énergétique). Et le corolaire à la finitude de la planète et à la transition énergétique, c'est la conjonction science et conscience. 

Comme nous l'avons vu, la France apparaît comme le seul pays au monde à réunir les quatre types familiaux exogames. Le modèle de la double démocratie pourrait parfaitement s'implanter en France.

Pour s'adapter à la mutation de société en cours, et pour répondre à la crise démocratique, dépasser les clivages politiques, prendre en compte les besoins fondamentaux de la société, intégrer la société civile, mieux séparer les pouvoirs, on peut imaginer les principes suivants :

1/ La fonction de Président de la République est supprimée pour évoluer vers un régime parlementaire. 

2/ Les partis politiques élaborent de nouveau des réflexions collectives et définissent un programme (les primaires ont relégué aux oubliettes cette fonction historique des partis). 

3/ L'actuelle Assemblée Nationale serait divisée en deux Chambres Hautes, chacune composée d'environ 200 ou 250 députés.

Une première Chambre Haute traiterait de l'éducation, la santé, l'environnement, l'emploi et les affaires sociales, le logement, la culture, les services publics... Cette Chambre élirait son chef de gouvernement, avec l'aval du CESE.

Une seconde Chambre Haute traiterait des affaires économiques, de l'agriculture et la pêche, des transports, des télécommunications, de l'énergie, l'intérieur, la défense, les relations extérieures, la diplomatie... Cette Chambre élirait également son chef de gouvernement, avec l'aval du CESE.

Pour ces deux Chambres Hautes, les modalités de scrutin pourraient se faire avec une forte dose de proportionnelle, des listes ouvertes avec vote par préférence, et avec un seuil de 5 %. Un candidat ne pourrait se présenter qu'à l'une ou l'autre des deux Chambres Hautes.

4/ Le Sénat serait supprimé et remplacé par le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE). Son fonctionnement serait réformé, son rôle renforcé, ses membres élus ou tirés au sort, son avis obligatoire. Il représenterait les intérêts de la société civile et la vision du long terme. Du CESE seraient élus 3 Médiateurs, l'un coordonnant la politique monétaire, budgétaire et fiscale, le second serait le garant de l’indépendance de la justice, et le troisième responsable de la recherche, de l'innovation, et garant de l'indépendance des médias.

5/ L'exercice du pouvoir législatif serait basé sur la notion de coopération et de dialogue entre les deux Chambres hautes et le CESE (un rôle important sera dévolu au ministre chargé des relations avec les deux Chambres et le CESE).

6/ Le pouvoir exécutif fonctionnerait sur un mode collégial, avec ces cinq personnalités élues, les deux chefs de gouvernement issus des deux Chambres Hautes, et les trois Médiateurs issus du CESE. Ils devraient collaborer pour mettre en œuvre les valeurs et besoins fondamentaux de la société. 

7/ Cette mutation démocratique doit accompagner la mutation de notre monde : préserver l'environnement et le cadre de vie pour les générations futures, investir dans les énergies renouvelables, remettre en question la société de consommation, équilibrer le travail avec d'autres valeurs d'épanouissement personnel, abandonner les politiques d'austérité qui se révèlent inefficaces, réguler la finance (par exemple, séparer les banques de dépôt et les banques d'affaires, redonner à l’état la maîtrise totale de la masse monétaire, taxer de façon équilibrée le travail et le capital...), réduire les inégalités et les écarts de richesse, à lutter contre les zones de non droit....

8/ Cette mutation démocratique nous amène à repenser les objectifs de l'économie pour définir de nouvelles valeurs. Ces valeurs peuvent en partie être évaluées par des indices déjà existants, des indices de progrès humain : indice de paix, indice de développement humain (niveau de vie, santé physique et psychique, niveau d'éducation), indice de pollution (qualité de l'eau, de l'air), indicateur de progrès véritable, indice de libertés publiques, indice de corruption, indice de démocratie...

9/ Cette mutation démocratique doit conduire à une refonte du projet européen. Tout d'abord redonner une validation démocratique à un nouveau projet européen. Puis trouver un équilibre entre libéralisation des échanges ou système protecteur, renforcer le principe de subsidiarité pour recentrer les missions de l'Europe, renforcer les pouvoirs du Parlement Européen, réformer les statuts de la Banque Centrale Européenne et autoriser la création monétaire pour financer des activités créatrices et productives, lutter contre les paradis fiscaux, appliquer une taxe sur les transactions financières spéculatives, appliquer une taxe sur les activités polluantes, repenser la mondialisation en fonction de critères sociaux et écologiques, favoriser un développement équilibré entre les différentes régions du monde, avoir des relations équilibrées aussi bien avec les États-Unis qu'avec la Russie, et donc redéfinir le rôle de l'OTAN, assurer la défense européenne de façon indépendante...



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