POUR UNE EUROPE FEDERALE POLYCENTRIQUE


 

             Une approche transdisciplinaire pour :   

 

Comprendre l'héritage de l'Europe, son identité, sa finalité,

 Construire une Europe sous un mode fédéral coopératif décentralisé.



Thierry Medynski


                            


L’Europe est en crise depuis trop longtemps. L’Europe se prive des moyens (budgétaires et monétaires) de surmonter une crise économique chronique depuis des années car elle est fondée sur des règles (Pacte de Stabilité) et une logique punitive, et non sur des choix politiques et une logique de coopération. Depuis l’Acte unique, l’Europe est réduite à un cadre politique et économique, donnant une place centrale à l’Union économique et monétaire et à ses contraintes. Une priorité est clairement affichée : défendre les intérêts des marchés financiers (la lutte contre l’inflation) ou des multinationales (lorsque par exemple la Commission soutient la commercialisation des OGM) au détriment des intérêts de la société civile (la lutte contre le chômage, la protection de l'environnement). Fort logiquement, cette Europe alimente les extrêmes, les souverainistes, le repli nationaliste. L'abstention est en progression régulière à chaque élection européenne, le décalage entre opinion publique et gouvernements de nombreux pays ne fait que croitre. 

On retrouve depuis l'Europe de Maastricht des éléments qui relèvent d'une confédération (une défense européenne indépendante ou un Parquet européen pour lutter contre le terrorisme nécessitent l'unanimité) et d'autres qui relèvent d'un Etat fédéral centralisateur (processus d'uniformisation par une Commission européenne qui abuse d'une règlementation et dispose de mécanismes de sanctions). Il faudrait en fait moins d'Europe pour certains domaines, et plus d'Europe pour d'autres. De plus, les traités qui régissent l'Europe sont des traités imposés aux peuples qui n'ont eu que le choix de voter pour ou contre. Il n'y a pas eu de débat démocratique entre différentes visions de l'Europe et différents projets de société.

L’Europe est en perte de sens. Quelle est l'identité européenne ? quelle est la finalité de l'Europe ? quel est le projet européen ? Comment accompagner la mutation de société en cours depuis le début du XXème siècle et qui s'actualise pleinement avec la crise sanitaire du Covid 19 ? Car il n'est plus question de revenir au monde d'avant, même si cela reste le discours dominant.

Le projet de l’Europe actuelle se résume au marché, à la concurrence, au libre échange avec un grand marché censé s’autogérer comme par miracle tandis que les Etats adoptent des stratégies individuelles non coopératives. Le temps est venu de revenir sur des sujets tabous : la remise en cause de l'orientation de l'Europe depuis l'Acte Unique, la remise en cause du statut de la Banque Centrale européenne, la remise en cause du principe de concurrence libre et non faussée, un débat sur des nécessaires protections en fonction de facteurs sociaux et environnementaux (une préférence communautaire), la remise en cause du partenariat trans-atlantique, la remise en cause de l'OTAN, un débat sur un partenariat éclairé et équilibré tant avec les Etats-unis qu'avec la Russie et la Chine...

L'Europe en est là car les peuples ont été manipulés. Dans une réelle situation démocratique, le choix offert en 1992 aurait dû être entre plusieurs solutions, par exemple entre:

- L'Union européenne version Maastricht, modèle hybride mi fédéral mi confédéral, fondé sur la concurrence et le libre-échangisme 

- Un modèle fédéraliste pur qui ne semble pas très réaliste

- Le maintien d'une totale souveraineté, donc le refus d'une intégration européenne, quelle que soit sa forme, avec d'éventuelles coopérations à la carte

- Une confédération (une Europe des Etats) où la prise de décision est limitée par la règle de l'unanimité

- Un modèle fédéraliste décentralisé (l'Europe fédérale polycentrique ici proposée en étant un modèle parmi d'autres) basée sur la coopération et la solidarité 

Au lieu de cela, il a été proposé un referendum pour ou contre Maastricht, puis pour ou contre le TCE.... C'est une manipulation et un déni de démocratie. 

Si l'on exclut le modèle fédéraliste pur, et si l'on considère que le retour au souverainisme n'est pas adapté ou viable face aux tendances impérialistes des Etats-Unis, de la Russie, et de la Chine (qui a déjà infiltré 17 pays d'Europe centrale et orientale !), il devient urgent de repenser radicalement la construction européenne pour la reconstruire sur des bases saines et solides, en accord avec l'identité européenne. Et ce de façon d'autant plus urgente avec la nouvelle nouvelle donne de la pandémie de Covid 19. Cette crise a mis en lumière de graves dysfonctionnements dont le démantèlement des services publics (la santé en particulier) ou la désindustrialisation des Etats qui n'ont plus la capacité de fabriquer des masques (!) ni d'être autonomes en matière de médicaments. Ceci est une conséquence des transformations économiques que nous subissons depuis Maastricht avec le néo-libéralisme, le libre-échangisme et la domination des marchés financiers qui ont pris le pouvoir sur les Etats. L'absence de solidarité entre pays européens a également été flagrante lors de la crise du Covid 19 (le Traité Spinelli incitait au contaire à la coordination de l’assistance réciproque en cas d'épidémies et de catastrophes), pour les masques, l'assistance médicale ou la recherche avec l'échec de Discovery. Mais l'Europe a-t-elle vocation à protéger la santé des européens ? L'Europe ne dispose que d'une compétence d'appui pour appuyer, coordonner ou compléter l'action des Etats membres. Pire, on peut citer les dysfonctionnements majeurs de la Commission européenne lors de la crise de l'encéphalite spongiforme, les décisions de la Commission européenne pour autoriser la culture d'OGM au sein de l'Union européenne ainsi que l'importation des OGM, ou encore la proposition de la Commission européenne pour l'autorisation du glyphosate jusqu'en 2027 ! 


A l'aube du XXIèmesiècle, l'Europe doit sortir des balbutiements de son enfance car elle est confrontée au risque d'éclatement. L'Europe actuelle ne fonctionne pas et il n'y a rien à espérer de l'Europe de Maastricht et de Lisbonne pour sortir de la crise post Covid. Le temps est venu de revenir sur ce qui constitue le projet fondateur de l'Europe, son héritage, son identité, sa finalité, pour ensuite définir les réformes institutionnelles qui s'imposent afin de mener à bien la construction européenne en référence à ce projet fondateur. Cette voie avait été ouverte par la commission institutionnelle du Parlement européen dans le second projet de Constitution de l'Union européenne (rapport Herman en 1994) avec le modèle fédéral coopératif décentralisé ou le modèle fédéraliste régional. C'est dans cette lignée que s'inscrit le modèle d'une Europe fédérale polycentrique qui a la particularité de s'appuyer sur l'identité de l'Europe et la compréhension de l'actuelle période de mutation que nous traversons, et qui s'inscrit dans le cadre du modèle fédéraliste décentralisé avec une véritable coopération entre pays européens. Derrière la notion de polycentrisme, on retrouve le renoncement à la volonté de pouvoir par la reconnaissance de plusieurs pôles, la notion de coopération (à l'opposé d'un principe de concurrence) et de coordination (à l'opposé d'un principe de subordination), et l'ouverture vers la notion de conjonction des opposés avec la notion d'interdépendance, de convergence entre les différences, entre les opposés. Ce concept d'Europe fédérale polycentrique s’oppose tant à une union intergouvernementale (une confédération) qu’à un État fédéral européen centralisateur (où le principe d'harmonisation conduirait à un principe d'uniformisation, à la disparition des différences). Il s’oppose également tant à une Europe anticapitaliste qu'à une Europe ultralibérale. Il décline l’organisation polycentrique d’un pouvoir faiblement hiérarchisé, la synthèse entre une composante communautaire et une composante intergouvernementale, la coopération entre euro-régions, le polycentrisme maillé et la notion de développement durable. 

Loin de la pensée unique et des discours officiels, ce site est destiné à donner des éléments de compréhension, au moyen d’une approche transdisciplinaire, pour construire une autre Europe (le modèle fédéraliste pur, une confédération européenne et a fortiori le retour à une totale souveraineté sortent tous les trois du propos de ce site). Il me faudra pour cela reprendre son histoire, en détailler les phases fondamentales de mutation, et par un raisonnement analogique avec certaines théories psychanalytiques, dégager l'identité de l'Europe, les fondements et la finalité de la construction européenne. Je vous propose une approche psycho-socio-politique en plusieurs étapes :

La première étape consiste à comprendre l’identité de l'Europe. Mon analyse de l’identité européenne s’appuie sur sa structure anthropologique, spécifique et unique au monde, composée d’une mosaïque de quatre types familiaux exogames (famille nucléaire égalitaire, famille nucléaire absolue, famille souche, famille communautaire exogame). Je fais ici explicitement référence aux travaux d’Emmanuel Todd. L'Europe est fondée sur une structure anthropologique polycentrique, et toute la difficulté (mais c'est aussi toute la richesse de l'Europe) consiste à respecter chacune de ses composantes et à les intégrer.

La connaissance de cette structure anthropologique est fondamentale. Mais au-delà du constat de cette mosaïque de quatre systèmes familiaux exogames qui constitue l'identité de l'Europe, quelle peut en être la signification ? Pour répondre à cette question, la seconde étape passe par un parallèle entre l'histoire de la civilisation européenne et l'évolution de la psyché, dans la lignée des travaux de Gusdorf (Mythe et métaphysique, 1953). L’outil psychanalytique jungien permettra en effet de mettre en perspective trois grandes mutations dans l’histoire de l’Europe : l’aventure grecque, la transition Moyen-Age / Renaissance, la remise en cause du scientisme au début du XXèmesiècle. Ainsi pourra se dégager l'identité et la finalité de l’Europe dans une vision du sens de l'histoire qui se différencie radicalement de la "fin de l'histoire" avec la soi-disante victoire du néolibéralisme et la pensée unique. La chute du communisme et celle du néolibéralisme s'intègrent parfaitement dans cette vision dynamique de l'Histoire.

L'histoire de la construction européenne fera l’objet d’un rappel dans la troisième étape.

La dernière étape consistera alors à construire une autre Europe en accord avec sa finalité, pour peu que l’on comprenne que nous sommes plongés dans une période de mutation fondamentale depuis le début du XXème siècle, et dont le principe majeur est celui de la conjonction des opposés. Les principes de la double-démocratie pouront ainsi servir de base à l'élaboration d'une Europe fédérale polycentrique en cohérence avec l'héritage et l'identité de l'Europe.



 

        1/ La spécificité de l'identité de l'Europe

L'identité européenne

Cartte des systèmes familiaux en Europe

 

 

                 2/ Evolution des sociétés en Europe et psyché humaine

Imaginaire et symbolique

Imaginal

Les mutations dans l’histoire de l’Europe

 

         3/ La construction européenne, les institutions et ses rouages

La construction européenne

Le déficit démocratique

 

 

        4/ Construire l’Europe en accord avec l’actuelle mutation de société 

L'Europe et le conflit des opposés

L'Europe et la conjonction des opposés

Finalité de l’Europe

Fondements de l’Europe

Pour une véritable réforme des institutions