POUR UNE EUROPE FEDERALE POLYCENTRIQUE


 

             Une approche transdisciplinaire pour :   

 

Comprendre l'héritage de l'Europe, son identité, sa finalité,

 Réformer les institutions, remédier au déficit démocratique,

Repenser et construire une autre Europe.

     


Thierry Medynski


                    

                                   


L’Europe est en crise. L’Europe se prive des moyens (budgétaires et monétaires) de surmonter la crise économique car elle est fondée sur des règles (Pacte de Stabilité) et une logique punitive, et non sur des choix politiques et une logique de coopération. Depuis l’Acte unique jusqu’à Maastricht, Amsterdam, et Nice, l’Europe est réduite à un cadre politique et économique, donnant une place centrale à l’Union économique et monétaire et à ses contraintes par des règles (Pacte de stabilité). Une priorité est clairement affichée : défendre les intérêts des marchés financiers (la lutte contre l’inflation) ou des multinationales (lorsque la Commission soutient la commercialisation des OGM) au détriment des intérêts de la société civile (la lutte contre le chômage, la protection de l'environnement). Cette Europe alimente les extrêmes, les souverainistes, le repli nationaliste. L'abstention est en progression régulière à chaque élection européenne, le décalage entre opinion publique et gouvernements de nombreux pays ne fait que croitre. 

L’Europe est en perte de sens. Quelle est l'identité européenne ? quelle est la finalité de l'Europe ? quel est le projet européen ? quel est le désir de vivre ensemble ? Comment accompagner la mutation de société qui est en cours depuis le début du XX ème siècle ? Car le projet de l’Europe actuelle se résume au consommateur, au marché (avec ses 80 000 pages de directives ou règlements qui constituent l’acquis communautaire), à la concurrence, et à la construction d’une zone de libre échange euro-américaine (le partenariat économique transatlantique devenu TAFTA). Un grand marché censé s’autogérer comme par miracle puisque l’Europe de dispose pas d’un gouvernement économique et elle s'impose par ailleurs des règles contraignantes. De ce fait, les Etats adoptent des stratégies individuelles non coopératives. Le temps est venu de revenir sur des sujets tabous : la remise en cause de l'orientation de l'Europe depuis l'Acte Unique, la remise en cause de la politique de la Banque Centrale européenne, la remise en cause du principe de concurrence libre et non faussé, un débat  sur des nécessaires protections en fonction de facteurs sociaux ou environnementaux (une préférence communautaire), la remise en cause du partenariat trans-atlantique, la remise en cause de l'OTAN, un débat sur un partenariat éclairé et équilibré tant avec les Etats-unis qu'avec la Russie...

Il devient urgent de savoir comment faire pour reconstruire l'Europe sur des bases saines et solides, en accord avec l'identité européenne. Il devient urgent de repenser radicalement la construction européenne. Ce de façon d'autant plus urgente qu'il y a une nouvelle donne :  

- nous sommes entrés dans un monde multipolaire, polycentrique. Ceci amène à repenser la mondialisation sous une forme différente en constituant une douzaine d'entités régionales à l'échelle planétaire, en organisant un système de libre-échange au sein de chaque ensemble régional et entre zones de développement similaire, et en établissant de nouveaux modes de régulation des échanges selon les disparités sociales et économiques, en évitant trop de protectionnisme ou de libre-échangisme. Ceci amène à la reconquête du pouvoir monétaire par la puissance publique, à la remise en question de la libre circulation absolue des capitaux, et nécessite d’assurer des taux de change d’équilibre, et de rendre impossible les variations perverses des taux de change. 

- nous sommes dans une phase fondamentale de mutation de société.  


Explorons donc ici les remèdes et les pistes envisageables.  A l'aube du XXIème siècle, l'Europe doit sortir des balbutiements de son enfance. Le temps est venu de revenir sur ce qui constitue le projet fondateur de l'Europe, son héritage, son identité, sa finalité, pour ensuite définir les réformes institutionnelles qui s'imposent afin de mener à bien la construction européenne en référence à ce projet fondateur. 


On peut distinguer cinq projets possibles pour l'Europe : une confédération (les souverainistes représentent environ 4 % du Parlement européen, les second et troisième piliers de Maastricht fonctionnent sur ce mode), un fédéralisme centralisé (qui semble inapproprié car il conduirait à la disparition des Etats nations, le premier pilier de Maastricht fonctionne sur ce mode), une Europe ultralibérale (le TCE en est un exemple), une Europe anticapitaliste (l'extrême gauche représente environ 5 % du Parlement européen). Il reste enfin une cinquième voie, qui avait été ouverte par la commission institutionnelle du Parlement européen dans le second projet de Constitution de l'Union européenne (rapport Herman en 1994) avec le modèle fédéral coopératif décentralisé ou le modèle fédéraliste régional. C'est dans cette lignée que s'inscrit le modèle d'une Europe fédérale polycentrique qui a la particularité de s'appuyer sur l'identité de l'Europe et la compréhension de l'actuelle période de mutation que nous traversons. Ce modèle (il en existe certainement d'autres, encore faudrait-il lancer le débat et renoncer à la pensée unique) pourrait retenir l'adhésion d'une grande partie de partisans du oui comme du non au traité établissant une Constitution pour l'Europe car ce modèle représente un modèle intermédiaire entre une Europe fédérale et une Europe confédérale.

 

Le concept d’Europe fédérale polycentrique (ou le modèle fédéral coopératif décentralisé) est plus explicite et se distingue radicalement du concept de fédération d’États Nations. Toute l'erreur et l'ambiguïté de la construction européenne depuis Maastricht (jusqu'au TCE compris) résident dans le mélange d'éléments qui relèvent d'une confédération (une défense européenne indépendante ou un Parquet européen pour lutter contre le terrorisme nécessitent l'unanimité) et d'autres qui relèvent d'un Etat fédéral (processus d'uniformisation par une Commission européenne qui abuse d'une règlementation et dispose de mécanismes de sanctions). Il faut donc moins d'Europe pour certains domaines, et plus d'Europe pour d'autres. C'est la voie de l'Europe fédérale polycentrique. Derrière la notion de polycentrisme, on retrouve le renoncement à la volonté de pouvoir par la reconnaissance de plusieurs pôles périphériques, la notion de coopération (à l'opposé d'un principe de concurrence) et de coordination (à l'opposé d'un principe de subordination), et l'ouverture vers la notion de conjonction des opposés avec la notion d'interdépendance, de convergence entre les différences, entre les opposés. Ce concept d'Europe fédérale polycentrique s’oppose tant à une union intergouvernementale (une confédération) qu’à un État fédéral européen centralisateur (où le principe d'harmonisation conduirait à un principe d'uniformisation, à la disparition des différences). Il se situe entre les deux tout en se distinguant du concept de fédération d’États Nations. Il s’oppose également tant à une Europe anticapitaliste qu'à une Europe ultralibérale. Il décline l’organisation polycentrique d’un pouvoir faiblement hiérarchisé, la synthèse entre une composante communautaire et une composante intergouvernementale, la coopération entre euro-régions, le polycentrisme maillé et la notion de développement durable. 


Loin de la pensée unique et des discours officiels, ce site est destiné à vous donner des éléments de compréhension, au moyen d’une approche transdisciplinaire, pour construire une autre Europe. Il me faudra pour cela reprendre son histoire, en détailler les phases fondamentales de mutation, et par un raisonnement analogique avec certaines théories psychanalytiques, dégager l'identité de l'Europe, les fondements et la finalité de la construction européenne. Je vous propose une approche psycho-socio-politique en quatre étapes :

La première étape consiste à comprendre l’identité de l'Europe. Mon analyse de l’identité européenne s’appuie sur sa structure anthropologique, spécifique et unique au monde, composée d’une mosaïque de quatre types familiaux exogames (famille nucléaire égalitaire, famille nucléaire absolue, famille souche, famille communautaire exogame). Je fais ici explicitement référence aux travaux d’Emmanuel Todd. L'Europe est fondée sur une structure anthropologique polycentrique, et toute la difficulté (mais c'est aussi toute la richesse de l'Europe) consiste à respecter chacune de ses composantes et à les coordonner.

La connaissance de cette structure anthropologique est fondamentale. Mais au-delà du constat de cette mosaïque de quatre systèmes familiaux exogames qui constitue l'identité de l'Europe, quelle peut en être la signification ? Pour répondre à cette question, la seconde étape passe par un parallèle entre l'histoire de la civilisation européenne et l'évolution de la psyché, dans la lignée des travaux de Gusdorf (Mythe et métaphysique, 1953). L’outil psychanalytique jungien permettra en effet de mettre en perspective trois grandes mutations dans l’histoire de l’Europe : l’aventure grecque, la transition Moyen-Age / Renaissance, la remise en cause du scientisme au début du XXèmesiècle. Ainsi pourra se dégager l'identité et la finalité de l’Europe dans une vision du sens de l'histoire qui se différencie radicalement de la "fin de l'histoire" avec la soi-disante victoire du néolibéralisme et la pensée unique. La chute du communisme et celle du néolibéralisme s'intègrent parfaitement dans cette vision dynamique de l'Histoire.

L'histoire de la construction européenne, les institutions et ses rouages feront l’objet d’un rappel dans la troisième étape.

La dernière étape consistera alors à construire une autre Europe en accord avec sa finalité, pour peu que l’on comprenne que nous sommes plongés dans une période de mutation fondamentale depuis le début du XXème siècle, et dont le principe majeur est celui de la conjonction des opposés. D’où le choix qui s’offre à l’Europe :

- soit se construire en référence à cette mutation fondamentale. Le projet d’Europe fédérale polycentrique s’inscrit dans ce cadre et définit un véritable projet de société en cohérence avec l'héritage et l'identité de l'Europe.

- soit rester piégée dans l’ancien cadre correspondant au conflit des opposés (gauche / droite, Nord / Sud, social-libéralisme / repli nationaliste...), choix incarné par l’Europe de Maastricht, d’Amsterdam, de Nice, du traité de Lisbonne.

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 Voici les liens directs. D’autres apparaîtront en cours de navigation. 

 

        1/ La spécificité de l'identité de l'Europe

L'identité européenne

Cartte des systèmes familiaux en Europe

 

 

                 2/ Evolution des sociétés en Europe et psyché humaine

Imaginaire et symbolique

Imaginal

Les mutations dans l’histoire de l’Europe

La mythologie grecque


 

         3/ La construction européenne, les institutions et ses rouages

La construction européenne

Les institutions européennes

Le déficit démocratique


 

 

        4/ Construire l’Europe en accord avec l’actuelle mutation de société 

L'Europe et le conflit des opposés

L'Europe et la conjonction des opposés

Finalité de l’Europe

Fondements de l’Europe

Pour une véritable réforme des institutions

 

        Liens

        Bibliographie